• jjsibilla

Boris Pasternak (1890-1960) 1/2

Dernière mise à jour : nov. 7




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LA MORT DU POETE (*)

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traduit par GABRIEL AROUT

LES EDITIONS DE MINUIT (1967)


Comment y croire ? Cauchemar et balivernes !

Mais l'un puis l'autre confirmait, un autre encore....

Brusquement tous, saisis en présence d'un fait,

Ta mort --- on s'alignait sur cette date

Où tout s'arrête,

Immeubles disparates

Des fonctionnaires et des marchands,

Les cours, les arbres et sur ces arbres

Le grand vacarme des choucas,

Ahuris de soleil et qui faisaient grand cas,

Effervescents, des incartades des femelles

Induites en péché --- quand le Diable s'en mêle !


Pourtant sur les visages se marquait comme un trait

Réseau humide d'un filet aux mailles déchirée....


C'était un jour inoffensif, parmi tant d'autres,

Plus anodin que des dizaines de tes jours.

On s'entassait, debout, dans l'antichambre,

Comme surpris au bruit du coup de feu.

Ainsi dans les roseaux explosent les pétards

Et rejettent hors des eaux tanches et brochets qui tombent

Sur l'herbe, pêle-mêle, écrasés, au hasard,

Comme le souffle d'une bombe.


Tu dormais. Tu avais fait litière des ragots,

Tu dormais calme, après les soubresauts

Suprêmes,

Tu étais beau,

Et tu avais vingt-deux ans,

Ainsi que tu l'avais prédit dans ton poème.


Tu étais là, couché, joue contre l'oreiller,

Dormant à toutes jambes, ventre à terre,

Tu t'enfonçais, en météore familier

Prenant ton rang nouveau et légendaire.


Car ta trouée est d'autant plus précise

Que ton sillage s'est creusé d'un seul élan.

Ton coup de feu fit l'effet d'un volcan !

Ainsi l'Etna, d'un jet de lave avise

Les lâches et les sots tapis contre ses flancs.


(*) Il s'agit de Maïakovski.



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LE POÊME D'AVANT LES POÊMES

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Laisse de toi les mots descendre

Comme d'un clos le zeste et l'ambre :

Distraitement et richement,

Lents, très lents, très lentement.


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JUSQUE CE TOUT, TOUT FUT HIVER

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)



Dans les hourras et madras

Bloc de freux.

Déjà choit l'effroi du froid,

Voire en eux.


C'est octobre qui tournoie,

C'est matoise

Affre ancrant son pas de proie

Sur l'étage.


Tout ce qui prie, se plaint,

En geignant

Pour l'octobre prend gourdin,

Le défend.


Le vent, happant bras, rabat

Le boisage

Rampe à rampe jusqu'au bois

De chauffage.


La neige ôte genoux, choppe

Dans l'échoppe :

<< Hop ! que d'ans, d'hivers ! échoppe,

Sans qu'on s'hoppe ! >>


Neige, cent fois sous pic, hie !

Héroïne !

Neige-échoppe où l'ongle émie

Cocaïne !


Ce sel d'écume aux nues, mors :

LE TRAGIQUE,

Tu détaches sa tache hors

Tout bachlique.



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EBRANLANT LA BRANCHE ODORANTE

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Ebranlant la branche odorante,

Lampant dans ces ombres ce bien-être,

De calice en calice allait courante

Une moiteur qu'hébéta la tempête.


Par les calices roulait, sur deux

Calices glissa, sur eux deux,

En gouttes d'agate volumineuse,

Se suspendit, pudique, lumineuse.


Le vent peut bien, soufflant sur les spirées,

Martyriser cette goutte, l'écraser.

Une, intacte, elle reste : goutte des deux

Calices s'entrebaisant, buvant à deux.


Ils rient, tentent de s'entr'échapper,

De se remettre droits comme avant cette goutte :

Ils ne peuvent plus égoutter leurs bouches hors cette goutte

Et même qui les coupe ne peut les séparer.




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LECONS D'ANGLAIS

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Lorsque l'instant du chant vint près de Desdémone

( Et si petit pour Desdémone son restant d'instants ! )

Ce ne fut pas d'amour, de son étoile que Desdémone

Sanglotant, mais de saule, de saule seulement.


Lorsque l'instant du chant vint près de Desdémone

( Sa gorge fut pleine course, rênes en vain la retenant ! )

Sur le jour ténébreux Le Ténébreux plus en noir vers Desdémone

Portait le psaume des fleuves gémissants.


Lorsque l'instant du chant vint auprès d'Ophélie

( Et si petit pour Ophélie son restant d'instants ! )

Tout le foin sec de l'âme fut jeté hors d'Ophélie,

Chaume loin des granges cheminant dans l'ouragan.


Lorsque l'instant du chant vint auprès d'Ophélie

( Dans sa gorge l'amertume des rêves fut nausée ! )

Quels furent dans sa chute les trophées d'Ophélie ?

Un peu de saule, de chélidoine, peu de brassée.


Laissant chuter de leurs épaules, comme haillons, les passions,

Avec l'expiration du coeur elles sont entrées

Dans la piscine des mondes; et les ablutions

Des mondes battent, abasourdissent leurs corps de mal-aimées.



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NOTRE ORAGE

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Ce lilas que le prêtre orage

Brûla, sa chair fumante ombrage

L'oeil, le nuage. Un souffle doit

Tiédir les fourmis, leur guingois.


Un son de seaux gît sur le flanc :

O soif du ciel et ciel manquant !

Ruisseaux sont coeurs luttant par cent !

Tes fleurs sont cendres, ô prêtre-vent !


Toi, pré d'émail, on a quasi

Pelé, gelé ton lazuli !

Mais ta geline prend son temps,

Tient droit son coeur saoûl de diamant !


Sous leur fûts les lampeurs d'orages

Tendent tendres toques d'herbage !

Trèfle, ô barbier barbu, sanglant,

Ton nez pue à plein vent le vent.


La mouche s'englue en sa bauge

De framboisiers, brusque en déloge;

Son dard de maçon se propose

Gîte, gemme, juillet plus roses;


Son vol est bran sur les courtines,

Puis bond de belle ballerines;

Son dard d'orgueil se plante où la

Chair est feuille moisie.... Oh ! toi,


Ne sois que fois : mes jeux et ta

Migraine grondant sur tes pas

C'est grand destin pour cieux furieux

Sur merisiers greffant ses feux !


--- << Je crois ! J'ai la foi ! >> --- << Lors vite vienne

Ton corps qu'Aurore enrobe en reine !

Sur l'îcone de ton été

J'en fais feu de Saint-Jean, brasier. >>


Et le tairai-je ? Ta bouche est piège,

Piège qu'assiègent perceneiges,

Sur mes lèvres j'ai ces deux neiges,

C'est sur mon songe ombres qui neigent.


Et de ma joie, oh que ferais-je ?

Un vers, huits voix ! quel beau cortège :

L'opium des chants gerceurs l'enneige !


Vois ! l'alphabet dans mes huit voix

Est brasier bataillant sur toi.



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LA PLUS BELLE DANS LES POEMES

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)



Ta chair entière, ô ma beauté,

Ton âme entière au coeur me sont

Joie et, debout, toute tu m'es

Jet d'hymne, oraison de chansons.


Debout, tu m'es au long du monde

L'hymne où sombre tout malencombre !

Et notre monde est tombe où tombent

Et s'assonnancent les cris du monde !


L'hymne n'est point tons qui retombent,

Mais vestiaire avec huit nombres,

L'hymne n'est point sons qui resombrent,

Mais seuil que huit nerveux encombrent.


Contre un talon les huit me tendent

Au lieu de mante leur épouvante

Du mal, du monde et leur pesante

Pesanteur d'âme, leur âme sombre.


Grâce à ta grâce qui m'enchante

En chants lassants mon âme aimante,

Comme talon je leur présente

Ma tintante stance de chantre.


O ma beauté, ton âme entière,

Ta chair entière, ô ma beauté,

Sont dans mon âme batelière

Souffles flottants, charmeurs, charmés.


Tu fus prière pour Polyclète,

Règle et mesure des temps païens,

Loi pure des temps de prophètes,

Science de mes jours anciens.



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I DEPART DES GLACES (1915)

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)



Jusque ce jour aux jeunes plants

Le sol printanier n'ose rêver;

Hors la neige haussant pomme d'Adam,

En noire berge de fleuve il se met.


Le rouge ciel pique en tique son dard

Dans les golfe, croix, carènes, camp

De pêcheurs près le Vieux Sauveur;

Le soir qui l'ôte, ôte chair, sang.


Gouttes, puis gouttes jusque midi; puis,

Froissant de gel le sol, vif cri :

Glaçons flottants tous tuerie,

coups de canifs de leurs débris.


Et nul coeur. Seuls : râles à l'écart,

Morts bruits de fer, clics de canifs

Et mâchonneurs grincements de heurts

Masse contre masse massifs.


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II DEPART DES GLACES (1916-1928)

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)



Jusque ce jour le sol tout printemps

N'ose rêver aux jeunes pousses;

Hors la neige haussant pomme d'Adam,

En noire berge de fleuve il pousse.


Le rouge ciel pique en tique son dard;

On ôte ensemble soir et chairs

Des bourbiers (O l'amant des chairs,

Le plan d'eaux dans le méchant nord !)


Son mets de soleil gros sa glotte,

Le soir sur la mousse ballote

Ce pays, sur la glace le jette,

En saumon rose le déchiquète.


Il y a coteaux d'un silence tigre

Et faux-pas d'un crépuscule ivre;

Soudain glaçons hissant leurs canifs,

Vertes lames aux clacs explosifs,


Râle tenace, rapace, attristeur,

Morts bruits de fer clics de canifs

Et mâchonneurs grincements de heurts

Masse contre masse massifs.



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UNE APRES-PLUIE

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Derrière les carreaux cohue, feuillage qui s'attroupe,

Ciel croulé qu'on n'enlève pas des routes.

En pause tout s'est posé. Mais que fut la commençante

Chose ? Le colloque, maintenant autre, est chose gente.


La chose commençante fut : corps perdus, tohu-bohu,

Chaos d'assauts << Sus à l'enclos ! >>, rapt de couronnes

D'arbres. Puis : sous le déluge parc moulu, grêlons dessus !

Puis depuis : du hangar aux terrasses sauts qui sonnent !


A présent on ne peu que suffoquer de force dense.

Et qu'importe qu'aîent éclaté les veines du peuplier ?

L'air du jardin, comme eau de seltz qui danse

Joue à faire pétiller la détresse du peuplier.


Aux vitres du balcon, comme aux dos, aux hanches

Des baigneuses frileuses, maint ruisselet de moîteur penche.

Givré, le coin du fraisier scintille;

Tout grêlon se mue en sel qu'en l'office on éparpille.


Vois : se déliant des toiles d'araignée, un rayon

Dans l'ortie alité, semble dire : << Repos, assez ! >>

A ses côtés luit l'instant où sa braise dans tout buisson

Sera brasier, puis verrerie où l'arc-en-ciel sera brassé.



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SONGE

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Dans mon songe songe d'automne en pénombre de carreaux

Songe d'amis, songe de TOI dans leur buisson badin.

Faucon qui prit au ciel bon butin de caillot,

Mon coeur, tout contre TOI, descendait sur ta main.


Las! le Temps s'en allait, se faisait vieillot, sourdaud !

Argentant les croisées de toute nagues veloutantes,

L'aube, éclose des clos, s'en venait sur tout carreau

Verser les larmes de septembre sanguinolentes.


Las! Lui, Temps, s'en allait, s'envieilliait. Poreuse,

La grège des fauteuils, comme du givre, craquait, fond.

Brusque et bruissant, ce qui buttait, c'est TOI, brusque silencieuse

Et le songe, tel l'écho d'un carillon, sonnait, se rompt.


Mon songe rompit ses songes. Sombre comme l'automne,

L'aube! Et le vent, loin partant, loin portait,

Tel au dos d'un charriot la trottinante ondée du chaume,

Un boulingrin de bouleaux qui par les bords du ciel fuyait.



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LE DEDANS D'UN BOIS

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Sur le pré la nausée d'un lourd feu de lilas,

Une pénombre de basilique oeuvrant son ombre dans le bois.

Restait-il chose au monde pour les baisers de ces deux-là ?

Tout ce monde était leur chose, leur cire molle sous leurs doigts.


Et le songe était ce songe : on ne sommeille pas, on songe

Seulement qu'on est soif de songe, qu'un homme sombre

Dans le sommeil et que, sautant des yeux, deux sombres

Soleils ardent ses cils au long du songe.


Onde, tout rayon ! Onde, les fuyantes rondes

Des lucioles ! sur les pommettes la canetille des libellules

Croisait son onde. Et le bois, redondant de diligentes

Lueurs, avait semblance d'horlogerie sous les brucelles.


Et la semblance était : sous le tictac d'un cadran un bois sombrant

Dans le songe; et, le temps de ce somme, sur un pic dans l'amer

Ambre on met à l'heure selon le temps

Qu'il fait la plus exacte horloge de l'éther.


L'horloge, on la mue; on tortille les aiguilles;

Il y a semaille d'ombre, jour qu'on débilite, vrille

Forant pour que l'ombre, mât agressif, puisse

Dominer le cadran bleu quand le jour s'épuise.


La semblance était : l'antique monde boisé en joie est bois dormant;

La semblance était : bois enclos d'un couchant de songes.

Mais ceux-là qui sont la joie ne regardent aucun cadran

Et ces deux-là, leur semblance est : seulement sommeil et songes !



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MUGUETS

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Dès l'aube un lourd feu; qu'on abstracte

Taillis, et midi surchargé, brusque,

Dans les dos avec masse intacte

Casse, sous le diamant craque.


Il croule en arêtes, rayons,

En facettes de ronds qui vibrent;

Ainsi d'une épaule en sueur on

Descend un caisson de vitres.


L'inhumain coup de coutelas

Du lourd feu ne nous vient pas des bois.

Entrant la boulaie, te voila, TOI,

Elle-toi se voyant, s'aimant elle-toi.


Halte ! on te devance déjà.

Elle-toi, quelqu'un vous voit d'en bas :

Le moîte ravin sur les muguets

Perlant met sa pluie à sécher.


Lui, RAVIN, se sevrant, s'exhaussant,

En grappes de gouttelettes pend,

Distant de la feuille un deux doigts,

Distant du bulbe trois mi-doigts.


Avec brebrous de brocart non ouïs

En canepin se closent ses spadices;

Toute la brune du bocage unie

Pour s'en faire des gants les déhisce.



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POUVAIS-JE OUBLIER LES ENFANTS ?

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Ceci, leur début : vers deux ans

<< Nourrice, adieu ! >>, cent mélodies,

Sifflets, gazouillis; vers trois ans

Leurs paroles font les surgies.


Leur début d'intellect, ceci :

Sourd d'un bruit de turbine, mi-

Concept : dans << mère, logis, lui >>

Rien ne m'est << mère, logis, lui >>.


Qu'ourdirait le terrorisant

BEAU sur le banc du lilas sis

Sinon des plans de rapts d'enfants ?

Ceci : leurs doigts sur soupçons mis.


Puis effrois mûrissants : comment,

Quand on est Faust ou nécromant,

Concéder : << Ciel, passe devant ! >>

Ceci : leurs débuts de tsigans.


Puis leur oeil, tôt déclos, enjambe

Palis pleins de palais promis,

Y voit ( leur prime pas d'ïambe )

Des mers, soupirs subits surgis.


Enfin ceci : nuits d'août très bas

En blés chûtant, priant : << Que TA

<< Pupille soit pour l'aube effroi ! >>

Ainsi leur << sus au soleil ! >> croit.


Et tout ces cecis sont ceci :

Début du vivre-en-poésie !



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LE POEME QUI SUIT LES POEMES

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traduit par ARMAND ROBIN

AUX EDITIONS DU SEUIL (1949)


Sur votre étagère j'ai posé des poèmes,

Poèmes que vous prenez pour du << moi-même >>.

Sur mon étagère aucun poème;

Et dans les jours que j'ai subis aucun << moi-même >>.


Dans la vie de ceux qui le mieux ont chanté,

Des traits d'une telle simplicité

Que quiconque, authentique, y a goûté

Ne peut plus que s'achever en silence entier.


Né de même parenté avec tout ce qui est,

Familier d'un avenir, qui dès aujourd'hui est,

Comment ne pas, finalement, tomber

Dans l'hérésie de la simplicité inouïe.


J'ai honte, tous les jours plus honte

Qu'au profond de ce siècle de telles ombres

Subsiste une certaine haute maladie

Nommée << haut-mal de poésie >>.

























































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