• jjsibilla

Le Testament

Mis à jour : il y a 5 jours




Le Testament


I

En l'an de mon trentième âge

Que toutes mes hontes bues,

Ne du tout fol, ne du tout sage,

Non obstant maintes peines eues,

Lesquelles j'ai toutes reçues

Sous la main Thibaut d'Aussigny....

S'évêque il est, signant les rues,

Qu'il soit le mien je le regny !


II

Mon seigneur n'est ne mon évêque;

Sous lui ne tiens, s'il n'est en friche;

Foi ne lui doit n'hommage avecque;

Je ne suis son serf ne sa biche.

Pu m'a d'une petite miche

Et de froide eau tout un été.

Large ou étroit, mout me fut chiche :

Tel lui soit Dieu qu'il m'a été.


III

Et s'aucun me vouloit reprendre

Et dire que je le maudis,

Non fais, se bien le sait comprendre,

En rien de lui je ne médis.

Veci tout le mal que je dis :

S'il m'a été miséricors,

Jésus, le roi de paradis,

Tel lui soit à l'âme et au corps!


IV

Et s'été m'a dur ne cruel

Trop plus que ci je ne raconte,

Je veul que le Dieu éternel

Lui soit donc semblable à ce compte.

Et l'Eglise nous dit et conte

Que prions pour nos ennemis.

Je vous dirai : "J'ai tort et honte,

Quoi qu'il m'ait fait, a Dieu remis!"


V

Si prierai pour lui de bon coeur,

Pour l'ame du bon feu Cotart!

Mais quoi? ce sera donc par coeur,

Car de lire je suis fétard :

Prière en ferai de Picard;

S'il ne le sait, voise l'apprendre,

S'il m'en croit, ains qu'il soit plus tard,

A Douai ou à Lille en Flandre.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


VIII

Auquel doint Dieu l'heur de Jacob.

Et de Salmon l'honneur et gloire,

(Quant de prouesse, il en a trop,

De force aussi, par m'âme, voire!)

En ce monde-ci transitoire,

Tant qu'il a de long et de lé,

Afin que de lui soit mémoire,

Vivre autant que Mathieusalé!


IX

Et douze beaux enfants, tous mâles,

Vëoir de son cher sang royal,

Aussi preux que fut le grand Charles

Conçus en ventre nuptial,

Bons comme fut saint Martial.

Ainsi en preigne au feu Dauphin !

Je ne lui souhaite autre mal,

Et puis paradis en la fin.


X

Pour ce que faible je me sens

Trop plus de biens que de santé,

Tant que je suis en mon plein sens,

Si peu que Dieu m'en a prêté,

Car d'autre ne l'ai emprunté,

J'ai ce Testament très estable

Fait, de dernière volonté,

Seul pour tout et irrévocable,


XI

Et écrit l'an soixante-et-un

Lorsque le roi me délivra

De la dure prison de Meun,

Et que vie me recouvra,

Dont suis, tant que mon coeur vivra,

Tenu vers lui m'humilier,

Ce que ferai jusque il mourra :

Bienfait ne se doit oublier.


XII

Or est vrai qu'après plaints et pleurs

Et angoisseux gémissements,

Après tristesses et douleurs,

Labeurs et griefs cheminements,

Travail mes lubres sentements,

Aiguisés comme pelote,

M'ouvrit plus que tous les comments

D'Averroÿs sur Aristote.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


XIV

Je suis pécheur, je le sais bien;

Pourtant ne veut pas Dieu ma mort,

Mais convertisse et vive en bien,

Et tout autre que péché mord.

Soit vrais volonté ou ennort,

Dieu voit, et sa miséricorde,

Se conscience me remord,

Par sa grâce pardon m'accorde.


XV

Et, comme le noble Romant

De la Rose dit et confesse

En son premier commencement

Qu'on doit jeune coeur en jeunesse,

Quand on le voit en vieillesse,

Excuser, hélas ! il dit voir

Ceux donc qui me font telle presse

En murté ne me voudroient voir.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


XVII

Ou temps qu'Alixandre régna,

Un hom nommé Diomédès

Devant lui on amena,

Engrillonné pouces et dés

Comme larron, car il fut des

Ecumeurs que voyons courir;

Si fut mis devant ce cadès

Pour être jugé à mourir.


XVIII

L'empereur si l'araisonna :

<< Pourquoi es-tu larron en mer ? >>

L'autre réponse lui donna :

<< Pourquoi larron me fait clamer ?

Pour ce qu'on me voit écumer

En une petiote fuste ?

Se comme toi me pusse armer,

Comme toi empereur je fusse.


XIX

<< Mais que veux-tu? De ma fortune

Contre qui ne puis bonnement,

Qui si faussement me fortune,

Me vient tout ce gouvernement.

Excusez-moi aucunement,

Et sachez qu'en grand pauvreté

-- Ce mots se dit communément --

Ne gît pas grande loyauté. >>


XX

Quand l'empereur ot remiré

De Diomédès tout le dit :

<< Ta fortune je te muerai

Mauvaise en bonne >>, si lui dit.

Si fit-il. Onc puis ne médit

A personne, mais fut vrai homme,

Valère pour vrai le vous le dit,

Qui fut nommé le Grand à Rome


XXI

Se Dieu m'eût donné rencontrer

Un autre piteux Alixandre

Qui m'eût en bon coeur entrer,

Et lors qui m'eût vu condescendre

A mal, être ars et mis en cendre

Jugé me fusse de ma voix.

Nécessité fait gens méprendre

Et faim saillir le loup du bois.


XXII

Je plains le temps de ma jeunesse

Ouquel j'ai plus qu'autre galé

Jusqu'à l'entrée de vieillesse

Qui son partement m'a celé.

Il ne s'en est a pied allé

Në a cheval, las! comment don ?

Soudainement s'en est volé

Et ne m'a laissé quelque don.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XXV

Bien est verté que j'ai aimé

Et aimeroie volontiers;

Mais triste coeur, ventre affamé

Qui n'est rassasié au tiers,

M'ôte des amoreux sentiers.

Au fort, quelqu'un s'en récompense,

Qui est rempli sur les chantiers !

Car de la pance vient la dance.

XXVI

Bien sait, se j'eusse étudié

Ou le temps de ma jeunesse folle,

Et à bonnes moeurs dédié,

J'eusse maison et couche molle.

Mais quoi ? je fuyoie l'école,

Comme fait le mauvais enfant.

En écrivant cette parole

A peu que le coeur ne me fend.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XXIX

Où sont les gracieux galants

Que je suivoie ou temps jadis,

Si bien chantant, si bien parlant,

Si plaisants en faits et en dis ?

Les aucuns sont morts et roidis,

D'eux n'est-il plus rien maintenant :

Répit ils aient en paradis,

Et Dieu sauve le remenant !

XXX

Et les autres sont devenus,

Dieu merci ! grands seigneurs et maîtres;

Les autres mendient tous nus

Et pain ne voient qu'aux fenêtres

Les autres sont entrés en cloîtres

De Célestins ou de Chartreux,

Bottés, housés com pêcheurs d'oestres :

Voyez l'état divers d'entre eux.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


XXXIII

En cet incident me suis mis

Qui de rien ne sert à mon fait;

Je ne suis juge, ne commis

Pour punir n'absoudre méfait :

De tous suis le plus imparfait,

Loué soit le doux Jésus-Christ !

Que par moi leur soit satisfait;

Ce que j'ai écrit est écrit.


XXXIV

Laissons le moutier où il est;

Parlons de chose plus plaisante :

Cette matière à tous ne plaît,

Ennuyeuse est et déplaisante.

Pauvreté, chagrine et dolente,

Toujours, dépiteuse et rebelle,

Dit quelque parole cuissante;

S'elle n'ose, si le pense-elle.


XXXV

Pour ce que je suis, de ma jeunesse,

De pauvre et de petite extrace.

Mon père n'ot onc grand richesse,

Ne son aïeul nommé Orace.

Pauvreté tous nous suit et trace;

Sur les tombeaux de mes ancêtres,

Les âmes desquels Dieu embrasse !

On n'y voit couronnes ne sceptres.


XXXVI

De pauvreté me grementant,

Souventes fois me dit le coeur :

<< Homme, ne te doulouse tant

Et ne demène tel douleur;

Se tu n'as tant qu'eut Jacques Coeur,

Mieux vaut vivre sous gros bureau,

Pauvre, qu'avoir été seigneur

Et pourrir sous riche tombeau ! >>


XXXVII

Qu'avoir été seigneur ! ... Que dis ?

Seigneur, lasse ! ne l'est-il mais ?

Selon que David en dit,

Son lieu ne connaîtra jamais.

Et du surplus, je m'en démets :

Il n'appartient à moi pécheur;

Aux théologiens le remets

Car c'est office de prêcheurs.


XXXVIII

Si ne suis, bien le considère,

Fils d'ange portant diadame

D'étoile ne d'autre sidère.

Mon père est mort, Dieu en ait l'âme !

Quant est du corps, il gît sous lame...

J'entends que ma mère mourra,

El'le sait bien, la pauvre femme,

Et le fils pas ne démourra.


XXXIX

Je congnois que pauvres et riches,

Sages et fous, prêtres et lais,

Nobles, vilains, larges et chiches,

Petits et grands, et beaux et laids,

Dames à rebrassés collets,

De quelconque condition,

Portant atours et bourrelets,

Mort saisit sans exception.


XL

Et meure ou Pâris ou Hélène,

Quiconque meurt, meurt à douleur

Celui qui perd vent et haleine,

Son fiel se crève sur son coeur,

Puis sue, Dieu sait quel sueur !

Et qui de ses maux si l'allège ?

Car enfant n'a, frère ne soeur

Qui lors vousît être son pliege.


XLI

La mort le fait frémir, pâlir,

Le nez courber, les veines tendre,

Le col enfler, lâcher, mollir,

Jointes, et nerfs croître et étendre.

Corps féminin, qui tant es tendre,

Poli, souef, si précieux,

Te faudra-il ces maux attendre ?

Oui, ou tout vif aller ès cieux


XLII

Puisque papes, rois, fils de rois

Et conçus en ventre de roines,

Sont ensevelis morts et froids,

En autrui mains passent leurs règnes,

Moi, pauvre mercerot de Rennes,

Mourrai-je pas ? Oui. Se Dieu plaît,

Mais que j'aie fait mes étrennes,

Honnête mort ne me déplaît.


XLIII

Ce monde n'est perpétuel,

Quoi que pense riche pillard :

Tous nous sommes sous mortel coutel.

Ce confort prend pauvre vieillard,

Lequel d'être plaisant raillard

Ot le bruit, lorsque jeune étoit,

Qu'on tendroit à fol et paillard,

Se, vieil, à railler se mettoit.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XLV

Car s'en jeunesse il fut plaisant,

Ores plus rien ne dit qui plaise.

Toujours vieil singe est déplaisant,

Moue ne fait qui ne déplaise;

S'il se tait, afin qu'il complaise,

Il est tenu pour fol recru,

S'il parle, on lui dit qu'il se taise,

Et qu'en son prunier n'a pas crû.


XLVI

Aussi ces pauvres femmelettes

Qui vieilles sont et n'ont de quoi,

Quand ils voient ces pucelettes

Emprunter, elles, à recoi

Ils demandent à Dieu pourquoi

Si tôt naquirent, n'à quel droit.

Notre-Seigneur se tait tout coi,

Car au tancer il le perdoit.



LES REGRETS

DE LA BELLE HËAUMIERE


XLVII

Avis m'est que j'oi regretter

La Belle qui fut hëaumière,

Soi jeune fille souhaiter

Et parler en telle manière :

<< Ha ! vieillesse félonne et fière,

Pourquoi m'as si tôt abattue ?

Qui me tient, qui, que ne me fière,

Et qu'à ce coup je me tue ?


XLVIII

<< Tolu m'as ma haute franchise

Que beauté m'avait ordonné

Sur clercs, marchands et gens d'Eglise :

Car lors il m'étoit homme né

Qui tout le sien ne m'eût donné,

Quoiqu'il en fût des repentailles,

Mais que lui eusse abandonné

Ce que refusent truandailles.


XLIX

<< A maint homme l'ai refusé,

Qui n'étoit à moi grand sagesse,

Pour l'amour d'un garçon rusé,

Auquel j'en fis grande largesse.

A qui que je fisse finesse

Par m'âme, je l'aimoie bien !

Or ne me faisoit que rudesse,

Et ne m'aimoit que pour le mien.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


LII

<< Qu'est devenu ce front poli,

Ces cheveux blonds, sourcils voutis,

Grand entroeil, ce regard joli,

Dont prenoie les plus subtils;

Ce beau nez droit, grand ne petiz

Ces petites jointes oreilles,

Menton fourchu, clair vis traitiz,

Et ces belles lèvres vermeilles ?


LIII

<< Ces gentes épaules menues,

Ces bras longs et ces mains traitisses,

Petits tétins, hanches charnues,

Elevées, propres, faitisses

A tenir amoureuses lices;

Ces larges reins, ce sadinet

Assis sur grosses fermes cuisses

Dedans son petit jardinet ?


LIV

<< Le front ridé, les cheveux gris,

Les sourcils chus, les yeux éteints,

Qui faisoient regard et ris

Dont maints méchants furent atteints;

Nez courbes, de beauté lointains,

Oreilles pendantes, moussues,

Le vis pâli, mort et déteints,

Menton froncé, lèvres peaussues....


LV

<< C'est d'humaine beauté l'issue !

Les bras courts et les mains contraites,

Des épaules toutes bossues;

Mamelles, quoi? toutes retraites;

Telles les hanches que les tettes;

Du sadinet, fi! Quant des cuisses,

Cuisses ne sont plus, mais cuissettes

Grivelées comme saucisses.


LVI

<< Ainsi le bon temps regrettons

Entre nous, pauvres vieilles sottes,

Assises bas, à croupetons,

Tout en un tas comme pelotes,

A petit feu de chenevottes

Tôt allumées, tôt éteintes;

Et jadis fûmes si mignotte

Ainsi on prend à maints et maintes.>>


LVII

Cette leçon ici leur baille

La belle et bonne de jadis;

Bien dit ou mal, vaille que vaille,

Enregistrer j'ai fait ces dits

Par mon clerc Fremin l'étourdis,

Aussi rassis que je puis être.

S'il me dément, je le maudis :

Selon le clerc est duit le maître.


LVIII

Si aperçois le grand danger

Ouquel homme amoureux se boute;

Et qui me voudroit laidanger

De ce mot, en disant : << Ecoute !

Se d'aimer t'étrange et reboute

Le barrat de celles nommées,

Tu fais une bien folle doute,

Car ce sont femmes diffamées.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


LXI

Honnêtes si furent vraiment,

Sans avoir reproches ni blâmes.

Si est vrai qu'au commencement

Une chacune de ces femmes

Lors prirent, ains qu'eussent diffames,

L'une un clerc, un lai, l'autre un moine,

Pour éteindre d'amours leurs flammes

Plus chaudes que feu Saint-Antoine.


LXII

Or firent selon ce Décret

Leurs amis, et bien y apert;

Ils aimoient en lieu secret,

Car autre qu'eux n'y avoir part.

Toutefois, celle qui n'en avoit qu'un

De celui s'éloigne et départ,

Et aime mieux aimer chacun.


LXIII

Qui les meut à ce ? J'imagine,

Sans l'amour des dames blâmer,

Que c'est nature féminine

Qui tout uniement veut aimer.

Autre chose n'y sais rimer

Fors qu'on dit à Reims et à Trois,

Voire à Lille ou Saint-Omer,

Que six ouvriers font plus que trois.


LXIV

Or ont ces fols amants le bond

Et les dames pris la volée;

C'est le droit loyer qu'amours ont :

Toute foi y est violée,

Quelque doux baiser n'acolée.

<< De chiens, d'oiseaux, d'armes, d'amours, >>

C'est pure vérité décelée,

<< Pour une joie cent doulours. >>


LXV

Se celle que jadis servoie

De si bon coeur et loyaument,

Dont tant de maux et griefs j'avoie,

Et souffroie tant de tourments,

Se dit m'eût, au commencement,

Sa volonté (mais nenni, las !),

J'eusse mis peine aucunement

De moi retraite de ses lacs.


LXVI

Quoi que je lui vousisse dire,

Elle étoit prête d'écouter

Sans m'accorder ne contredire;

Qui plus, ne souffroit acouter

Joignant d'elle, près sacouter,

Et ainsi m'alloit amusant,

Et me souffroit tout raconter;

Mais ce n'étoit qu'en m'abusant.


LXVII

Abusé m'a fait entendre

Toujours d'un que ce fût un autre;

De farine, que ce fût cendre;

D'un mortier, un chapeau de fautre;

De vieil machefer que fût peautre;

D'ambesas que c'étoient ternes;

( Toujours trompoit ou moi ou autre

Et rendoit vessies pour lanternes );

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


LXIX

Ainsi m'ont Amours abusé,

Et pourmené de l'huis au pêle,

Je crois qu'homme si rusé,

Fût fin comme argent de coupelle,

Qui n'y laissât linge, drapelle,

Mais qu'il fût ainsi manié

Comme moi, qui partout m'appelle

L'amant remis et renié.


LXX

Je renie Amours et dépite

Et défie à feu et à sang.

Mort par elles me précipite,

Et ne leur en chaut pas d'un blanc.

Ma vielle ai mis sous le banc;

Amants je ne suivrai jamais :

Se jadis je fus de leur rang,

Je déclare que n'en suis mais.


LXXI

Car j'ai mis le plumail au vent,

Or le suive qui a attente.

De ce me tais dorénavant,

Poursuive je veuil mon entente.

Et s'aucun m'interroge ou tente

Comment d'Amour j'ose médire,

Cette parole le contente :

Qui meurt, a ses lois de tout dire.


LXXII

Je connois approcher ma seuf;

Je crache blanc comme coton

Jacopins gros comme éteuf.

Qu'est-ce à dire ? Que Jeanneton

Plus ne me tient pour valeton,

Mais pour un vieil usé roquard :

De vieil porte voix et le ton,

Et ne suis qu'un jeune coquard.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


LXXVII

S'ainsi étoit qu'aucun n'eût pas

Reçu le lais que je lui mande,

J'ordonne qu'après mon trépas

A mes hoirs en face demande.

Mais qui sont-ils ? S'il le demande,

Moreau, Provins, Robin Turgis,

De moi, dites que je leur mande,

Ont eu jusqu'au lit où je gis.


LXXVIII

Somme, plus ne dirai qu'un mot,

Car commencer veuil à tester :

Devant mon clerc Fremin qui m'ot,

S'il ne dort, je veuil protester

Que n'entends hommes détester

En cette présente ordonnance,

Et ne la veuil manifester

Sinon ou royaume de France.


LXXIX

Je sens mon coeur qui s'affaiblit

En plus je ne puis papier.

Fremin, sieds-toi près de mon lit,

Que l'on ne m'y vienne épier;

Prends encre tôt, plume et papier;

Ce que nomme écris vitement,

Puis fais-le partout copier;

Et veci le commencement.


LXXX

Ou nom de Dieu, Père éternel

Et du fils que Vierge parit,

Dieu au Père coéternel,

Ensemble et le Saint Esperit

Qui sauva ce que Adam périt

Et du péri pare ses cieux.

Qui bien ce croit, peu ne mérit,

Gens morts être faits petit dieux.


LXXXI

Morts étoient, et corps et âmes,

En damnée perdition,

Corps pourris et âmes en flammes,

De quelconque condition.

Toutefois, fais exception,

Des patriarches et prophètes;

Car, selon ma conception,

Onques grand chaud n'eurent au fesses.


LXXXII

Qui me diroit : << Qui te fait mettre

Si très avant cette parole,

Qui n'êtes en théologie maître ?

A vous est présomption folle! >>

C'est Jésus la parabole

Touchant le Riche enseveli

En feu, non pas en couche molle,

Et du Ladre de dessus li.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


LXXXIV

Ou nom de Dieu, comme j'ai dit,

Et de sa glorieuse Mère,

Sans péché soit parfait ce dit

Par moi, plus maigre que chimère;

Se je n'ai eu fièvre éphémère,

Ce m'a fait divine clémence,

Mais d'autre deuil et peine amère

Je me tais, et ainsi commence.


LXXXV

Premier, je doue de ma pauvre âme

La glorieuse Trinité,

Et la commande à Notre Dame,

Chambre de la divinité,

Priant toute la charité

Des dignes neuf Ordres des Cieux

Que par eux soit ce don porté

Devant le Trône précieux.


LXXXVI

Item, mon corps j'ordonne et laisse

A notre grand mère la terre;

Les vers n'y trouveront grand graisse,

Trop lui a faim dure guerre.

Or lui soit délivré grand erre :

De terre vint, en terre tourne;

Toute chose, se par trop n'erre,

Volontier en son lieu retourne.



LXXXVII

Item, et à mon plus que père,

Maître Guillaume de Villon,

Qui m'a été plus doux que mère

A enfant levé de maillon;

Dejeté m'a de maint bouillon

Et de celui pas ne s'éjoie,

Si lui requiers à genouillon

Qu'il m'en laisse toute la joie;


LXXXVIII

Je lui donne ma librairie

Et le Roman du Pet au Diable

Lequel maître Guy Tabarie

Grossa, qui est hom véritable.

Par cayeux est sous une table;

Combien qu'il soit rudement fait,

La matière est si notable

Qu'elle amende tout le méfait.


LXXXIX

Item, donne à ma pauvre mère

Pour saluer notre Maîtresse,

Qui pour moi ot douleur amère,

Dieu le sait, et mainte tristesse :

Autre châtel n'ai ne fortresse

Où me retraye corps et âme,

Quand sur moi court male détresse,

Ne ma mère, la pauvre femme !


XC

Item, m'amour, ma chère rose,

Ne lui laisse ne coeur ne foie :

Elle ameroit mieux autre chose,

Combien qu'elle ait assez monnoie.

Quoi ? une grand bourse de soie,

Pleine d'écus, parfonde et large :

Mais pendu soit-il, que je soie,

Qui laira écu ne targe.


XCI

Car elle en a, sans moi assez.

Mais de cela il ne m'en chaut;

Mes plus grands deuils en sont passés,

Plus n'en ai le croupion chaud.

Si m'en démets aux hoirs Michaut

Qui fut nommé le bon Fouterre;

Priez pour lui, faites un saut :

A Saint-Satur gît, sous Sancerre.


XCII

Ce nonobstant, pour m'acquitter

Envers Amour, plus qu'envers elle,

Car oncques n'y pus aquêter

D'amours une seule étincelle

( Je ne sais s'à tous si rebelle

A été, ce m'est grand émoi :

Mais, par sainte Marie la belle !

Je n'y vois que rire pour moi ).


XCIII

Cette ballade lui envoie

Qui se termine tout par R.

Qui lui portera ? Que je voie....

Ce sera Pernet de la Barre,

Pouvu, s'il rencontre en son erre

Ma demoiselle au nez tortu,

Il lui dira, sans plus enquerre :

<< Triste paillarde, dont viens tu ? >>



BALLADE A S'AMIE


Fausse beauté qui tant me côute cher,

Rude en effet, hypocrite douleur,

Amour dure plus que fer à mâcher,

Nommer que puis, de ma défaçon seur,

Cherme félon, la mort d'un pauvre coeur,

Orgueil mussé qui gens met au mourir,

Yeux sans pitié, ne veut Droit de Rigueur,

Sans empirer, un pauvre secourir ?


Mieux m'eût valu avoir été sercher

Ailleurs secours, c'eût été mon honneur;

Rien ne m'eût su hors de ce fait hâcher

Trotter m'en faut en fuite et déshonneur.

Haro, haro, le grand et le mineur !

Et qu'est-ce ci ? Mourrai sans coup férir ?

Ou Pitié veut, selon cette teneur,

Sans empirer, un pauvre secourir ?


Un temps viendra qui fera dessécher

Jaunir, flétrir votre épanie fleur;

Je m'en risse, se tant pusse mâcher,

Las ! mais nenni, ce seroit donc foleur :

Vieil je serai, vous laide, sans couleur

Or buvez fort, tant que ru peut courir;

Ne donnez pas à tous cette douleur,

Sans empirer, un pauvre secourir.


Prince [amoureux], des amants le graigneur

Votre mal gré ne voudroie encourir,

Mais tout franc coeur doit, par Notre Seigneur,

Sans empirer, un pauvre secourir.



XCIV

Item, à maître Ythier Marchant,

Auquel mon brant laissai jadis,

Donne, mais qu'il le mette en chant,

Ce lai contenant des vers dix,

Et, au luth, un De profundis

Pour ses anciennes amours

Desquelles le nom je ne dis,

Car il me hairoit à tous jours.


XCV

Item, à maître Jean Cornu

Autre nouveau lais lui veuil faire,

Car il m'a toujours secouru

A mon grand besoin et affaire :

Pour ce, le jardin lui transfère

Que maître Pierre Baubignon

M'arenta en faisant refaire

L'huis et redresser le pignon.


XCVI

Par faute d'un huis, j'y perdis

Un grès et un manche de houe.

Alors huit faucons, non pas dix

N'y eussent pas pris une aloue.

L'hotel est sûr, mais pas qu'on le cloue.

Pour enseigne y mis un havet;

Et qui l'ait pris, point ne m'en loue :

Sanglante nuit et bas chevet !


XCVII

Item, et pour ce que la femme

De maître Pierre Saint-Amant

( Combien, se coulpe y a à l'âme,

Dieu lui pardonne doucement! )

Me mit ou rang de caïmant,

Pour le Cheval Blanc qui ne bouge

Lui changeai à une jument,

Et la Mule à un âne rouge.


XCVIII

Item, donne à sire Denis

Hesselin, élu de Paris,

Quatorze muids de vin d'Aunis

Pris sur Turgis à mes périls.

S'il en buvoit tant que péris

En fût son sens et sa raison,

Qu'on mette de l'eau ès barils :

Vin perd mainte bonne maison.


XCIX

Item, donne à mon avocat,

Maître Guillaume Charruau,

Quoi ? Que Marchant ot pour état,

Mon brant; je me tais du fourreau.

Il aura, avec ce, un reau

En change, afin que sa bourse enfle,

Pris sur la chaussée et carreau

De la grand clôture du Temple.


C

Item, mon procureur Fournier

Aura pour toutes ses corvées

( Simple sera de l'épargner )

En ma bourse quatre havées,

Car maintes causes m'a sauvées,

Justes, ainsi Jésus-Christ m'aide !

Comme telles se sont trouvées;

Mais bon droit a bon métier d'aide.


CI

Item, je donne à maître Jacques

Raguier le Grand Godet de Grève,

Pourvu qu'il paira quatre plaques

( Dût-il vendre, quoi qu'il lui grève,

Ce dont on couvre mol et grève,

( Dût-il vendre, quoi qu'il lui grève,

Aller nues jambes en chapin ),

Se sans moi boit, assied ne lève,

Au trou de la Pomme de Pin.


CII

Item, quant est de Merebeuf

Et de Nicolas de Louviers,

Vache ne leur donne ne boeuf,

Car vachers ne sont ne bouviers,

Mais chiens à porter éperviers,

( Ne cuidez pas que je me joue )

Et pour prendre perdrix, plouviers,

Sans faillir, sur la Machecoue.


CIII

Item, Robin Turgis

A moi, je lui paierai son vin;

Combien, s'il trouve mon Logis,

Plus fort sera le devin.

Le droit lui donne d'échevin,

Que j'ai enfant de Paris :

Se je parle un peu poitevin,

Ice m'ont deux dames appris.


CIV

Elles sont très belles et gentes,

Demeurant à Saint-Julien-Génerou,

Prés Saint-Julien-de-Voventes,

Marche de Bretagne à Poitou.

Mais i ne di proprement ou

Iquelles passent tous les jours;

M'arme! i ne seu mie si fou,

Car i veuil celer mes amours.


CV

Item, à Jean Raguier je donne,

Qui est sergent, voire des Douze

Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,

Tous les jours une tallemouse,

Pour bouter et fourrer sa mouse,

Prise à la table de Bailly;

A Maubué sa gorge arrouse,

Car au manger n'a pas failli.


CVI

Item, et au Prince des Sots

Pour un bon sot Michaut du Four,

Qui à la fois dit de bons mots

Et chante bien << Ma douce amour ! >>

Je lui donne avec le bonjour;

Bref, mais qu'il fût un peu en point,

Il est un droit sot de sejour,

Et est plaisant ou il n'est point.


CVII

Item, aux Onze-Vingts Sergents

Donne, car leur fait est honnête

Et sont bonnes et douces gens,

Denis Richer et Jean Vallette,

A chacun une grand cornette ...

Pour prendre... à leurs chapeaux de fautres;

J'entends à ceux à pied, hohette !

Car je n'ai que faire des autres.


CVIII

Derechef, donne à Perrenet....

J'entends le Bâtard de la Barre,

Pour ce qu'il est beau fils et net,

En son écu, en lieu de barre,

Trois dés plombés, de bonne carre,

Et un beau joli jeu de cartes.

Mais quoi ? s'on l'ot vessir ne poire,

En outre aura les fièvres quartes.


CVIX

Item, ne veuil plus que Cholet

Dole, tranche, douve ne boise,

Relie broc ne tonnelet,

Mais tous ses outils changer voise

A une épée lyonnoise,

Et retienne le hutinet :

Combien qu'il n'aime bruit ne noise,

Si lui plaît-il un tantinet.


CX

Item, je donne à Jean le Loup,

Homme de bien et bon marchand,

Pour ce qu'il est linget et flou,

Et que Cholet est mal serchant

Par les rues plutôt qu'au champ

Qu'il ne laira poulaille en voie,

Le long tabart et bien cachant

Pour les musser, qu'on ne le voie.


CXI

Item, à l'Orfèvre de bois

Donne cent clous, queues et têtes,

De gingembre sarrasinois,

Non pas pour accoupler ses boetes,

Mais pour joindre culs et quoettes,

Et coudre jambons et andouilles,

Tant que le lait en monte aux tettes

Et le sang en dévale aux couilles.


CXII

Au capitaine Jean Riou,

Tant pour lui que pour ses archets,

Je donne six hures de loup

Qui n'est pas viande de porchers,

Pris à gros mâtins de bouchers,

Et cuites en vin de buffet,

Pour manger de ces morceaux chers,

On en feroit bien un malfait.


CXIII

C'est viande un peu plus pesante

Que duvet n'est, plume ne liège;

Elle est bonne à porter en tente,

Ou pour user en quelque siège.

S'ils étaient pris à un piège,

Que ces mâtins ne sussent courre,

J'ordonne, moi qui suis son miège,

Que des peaux, sur l'hiver, se fourre.


CXIV

Item, à Robinet Trouscaille;

Qui en service ( c'est bien fait

A pied ne va comme une caille,

Mais sur rocin gros et refait,

Je lui donne, de mon buffet,

Une jatte qu'emprunter n'ose;

Si aura ménage parfait :

Plus ne lui failloit autre chose.


CXV

Item, donne à Perrot Girart,

Barbier juré de Bourg-la-Reine,

Deux bassins et un coquemart,

Puisqu'à gagner met telle peine.

Des ans y a demi-douzaine

Qu'en son hôtel de cochons gras

M'apâtela une semaine,

Témoin l'abbesse de Pourras.


CXVI

Item, aux Frères mendiants,

Aux Dévotes et aux Béguines,

Tant de Paris que d'Orléans,

Tant Turlupins que Turlupines,

De grasses soupes jacopines

Et flans leur fais oblation;

Et puis après, sous les courtines,

Parler de contemplation.


CXVII

Ce ne suis-je pas qui leur donne,

Mais de tous les enfants sont les mères,

Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,

Pour qui souffrent peines amères.

Il faut qu'ils vivent, les beaux pères,

Et mêmement ceux de Paris.

S'ils font plaisir à nos commères,

Ils aiment ainsi leurs maris.


CXVIII

Quoi que maître Jean de Poullieu

En vousît dire et reliqua,

Contraint et en publique lieu,

Honteusement s'en révoqua.

Maître Jean de Meun s'en moqua

De leur façon; si fit Mathieu;

Mais on doit honorer ce qu'a

Honoré l'Eglise de Dieu.


CXIX

Si me soumets, leur serviteur

En tout ce que puis faire et dire,

A les honorer de bon coeur

Et obéir, sans contredire;

L'homme bien fol est d'en médire,

Car, soit à part ou en prêcher

Ou ailleurs, il ne faut pas dire :

Ces gens sont pour eux revancher.


CXX

Item, je donne à frère Baude,

Demeurant en l'hôtel des Carmes,

Portant chère hardie et baude,

Une salade et deux guisarmes,

Que Detusca et ses gendarmes

Ne lui riblent sa Cage vert.

Vieil est : s'il ne se rend aux armes,

C'est bien le diable de Vauvert.


CXXI

Item, pour ce que le scelleur

Maint étron de mouche à mâché,

Donne, car homme est de valeur,

Son sceau d'avantage craché,

Et qu'il ait le pouce écaché

Pour tout empreindre à une voie;

J'entends celui de l'Evêché,

Car les autres, Dieu les pourvoie !


CXXII

Quant des auditeurs messeigneurs,

Leur granche ils auront lambroissée;

Et ceux qui ont les culs rogneux,

Chacun une chaize percée;

Mais qu'à la petite Macée

D'Orléans, qui ot ma ceinture,

L'amende soit bien haut tauxée :

Elle est une mauvaise ordure.


CXXIII

Item, donne à maître François,

Promoteur, de la Vaquerie

Un haut gorgerin d'Ecossois,

Toutefois sans orfaverie;

Car, quand reçut chevalerie,

Il maugréa Dieu et saint Georges,

Parler n'en oit qui ne s'en rie,

Comme enragé, à pleine gorge.


CXXIV

Item, à maître Jean Laurens,

Qui a les pauvres yeux si rouges

Pour le péché de ses parents

Qui burent en barils et courges,

Je donne l'envers de mes bouges

Pour tous les matins les torcher :

S'il fût archevêque de Bourges,

De cendal eût, mais il est cher.


CXXV

Item, à maître Jean Cotart,

Mon procureur en cour d'Eglise,

Devoie environ un patart

(car à présent bien m'en avise)

Quand chicaner me fit Denise,

Disant que l'avoie maudite;

Pour son âme, qu'ès cieux soit mise,

Cette oraison j'ai ci écrite.



BALLADE ET ORAISON


Père Noé, qui plantâtes la vigne,

Vous aussi, Loth, qui bûtes ou rocher,

Par tel parti qu'Amour qui gens engigne

De vos filles si vous fit approcher

(Pas ne le dis pour vous le reprocher),

Archetriclin, qui bien sûtes cet art,

Tous trois vous pri que vous veuillez pêcher

L'âme du bon feu maître Jean Cotart !


Jadis extrait il fut de votre ligne,

Lui qui buvoit du meilleur et plus cher,

Et ne dût-il avoir vaillant un pigne;

Certes, sur tous, c'étoit un bon archer :

On ne lui sut pot des mains arracher;

De bien boire oncques ne fut fêtart.

Nobles seigneurs, ne souffrez empêcher

L'âme du bon feu maître Jean Cotart !


Comme homme vieil qui chancelle et trépigne,

L'ai vu souvent, quand il s'alloit coucher,

Et une fois il se fit une bigne,

Bien m'en souvient, pour la pie juchier;

Bref, on n'eût su en ce monde cercher

Meilleur pïon, pour boire tôt ou tard.

Faites entrer quand vous orrez hucher

L'âme du bon feu maître Jean Cotart !


Prince, il n'eût su jusqu'à terre cracher;

Toujours crioit : << Haro ! la gorge m'ard . >>

Et si ne sut onc sa seuf étancher

L'âme du bon feu maître Jean Cotart .



CXXVI

Item, veuil que le jeune Marle

Désormais gouverne mon change,

Car de changer envis me mêle,

Pourvu que toujours baille en change,

Soit à privé, soit à étrange,

Pour trois écus six brettes targes,

Pour deux angelots un grand ange;

Car amants doivent être large.


CXXVII

Item, et j'ai su, ce voyage,

Que mes trois pauvres orphelins

sont crûs et deviennent en âge,

Et n'ont pas têtes de belins,

Et qu'enfants d'ici à Salins

N'a mieux sachant leur tour d'école;

Or, par l'ordre des Mathelins,

Telle jeunesse n'est pas folle.


CXXVIII

Si veuil qu'ils voisent à l'étude;

Où ? sur maître Pierre Richer.

Le Donat est pour eux trop rude :

Je ne les veuil empêcher.

Ils sauront, je l'aime plus cher,

Ave salus, tibi decus,

Sans plus grands lettres ensercher :

Toujours n'ont pas clercs l'audessus.


CXXIX

Ceci étudient et ho !

Plus procéder je leur défends.

Quant d'entendre le grand Credo,

Trop forte elle est pour tel enfants.

Mon long tabart en long je fends;

Si veuil que la motié s'en vende

Pour eux en acheter des flans,

Car jeunesse est peu friande.


CXXX

Et veuil qu'ils soient informés

En moeurs, quoi que coûte bature;

Chaperons auront enformée

Et les pouces sur la ceinture,

Humbles à toute créature,

Disant : << Han ? Quoi ? Il n'en est rien! >>

Si diront gens, par aventure :

<< Veci enfants de lieu de bien ! >>


















































































































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