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TRANSFIGURATION DE PARIS

Dernière mise à jour : 25 juin 2023


Recueil : "La Grande Gaîté" - 1929 (Edition Gallimard)



Cela débuta d'une façon très naturelle

Dans un bordel de la rue de l'Echaudé Saint-Germain

Un fantaisiste était venu brûler ses lettres d'amour

La maçonnerie étant ancienne le feu

Prit à la cheminée Un cordon de flic

Barra la rue et

Devant le Palace Hôtel un taxi s'agenouilla

Ainsi recommença parmi les rouges G7

Le culte aboli de Zoroastre

En plein coeur de Paris

Beauté des sacrifices humains sur les trottoirs de la capitale

Aux étalages des fleuristes

Les automobiles paissaient les premiers lilas

Les bâtons des agents jonchaient les pieds lyriques

Des chauffeurs vêtus de peaux de bêtes comme

Tes enfants ô Caïn

Les accidents rendaient aux femmes des postures mythiques

Je n'oublierai jamais la Léda de la Chaussée d'Antin

Attiré par les clameurs des filles bléssées

On avait vu l'énorme oiseau

Fait à la semblance d'un vit hyperbolique et blanc

Comme son sperme de nuées

Accourir dans le ciel froid du matin

Tourner un instant au-dessus des boulevards cherchant

sa proie

Puis non loin des Galeries Lafayette

Fondre sur une passante étrangement belle

Qui se promenait avec une agitation très spéciale

Froissant un mouchoir prophétique

Sans voir personne

Les yeux démesurés par son destin


La journée passa tout entière

A l'ombre de cet oiseau

Qui fit à Paris sa nuit blanche

On en parlera très longtemps

Tout se comprenait mieux à la lueur blafarde

Qu'il répandait sur les maisons comme une nappe de

cérémonie

Les épouses les maîtresses

Liées par le mensonge et les serments extorqués

Celles qui redoutaient les yeux des autres hommes

Celles qui rêvaient

Celles qui regardaient longuement leurs mains pâles

Celles qui tremblaient

Les pénitentes du miroir

Celles qui se coiffaient pendant des heures

Celles qui restaient au lit tout le matin comme frappées

du tonnerre

Celles qui se prenaient interminablement à contempler

Leur compagnon habituel endormi la bouche

Légèrement ouverte et ronflotant

Les femmes soudain dans cette neige se levèrent

Et sans prendre toutes la peine de s'habiller

Quittèrent leurs maris leurs enfants leurs craintes

Descendirent les escaliers dont la rampe se termine

Par une boule merveilleuse qu'effleura leur main

Puis dans la robe de la ville

Roulèrent leurs corps comme des larmes

Comme les diamants tombés d'un diadème

L'oiseau du haut des toits plongeant

Prenait son plaisir sur l'asphalte Refrain


Ce n'est qu'à l'aurore aux doigts incertains

Que les grands phallus s'éveillèrent

Rassemblement Place Vendôme

La colonne pris la tête de la procession

Elle débaucha les clochers des églises

Dont les couilles se mirent à sonner

Ce fut une belle promenade

Au cours de laquelle tous les ordinaires

Salueurs de drapeaux furent obligés de se découvrir

Une belle promenade

A laquelle se joignirent les véritables désespérés

Une promenade de plusieurs jours

Entre les immeubles neufs les cafés les berges de la Seine

Les maisons leur jetaient des fleurs enflammées

Arrachées à leurs fronts

Mon beau Paris dit la colonne

Tu as le sens irremplaçable de l'amour

Les échos tous les échos lui répondaient

Des chansons sortaient de la bouche des égouts

D'Aubervilliers de Pantin des Lilas

De Malakoff et de Bicêtre venaient des clameurs

Poussées par les fumées

Et les voitures maraîchères entassées dans les Avenues

de l'ouest

Lançaient par manière de plaisanterie

Des carottes aux vieilles prudes du seizième

Et du dix-septième arrondissement

Mais le plus beau moment ce fut lorsqu'entre

Ses jambes de fer écartées

La Tour Eiffel fit voir un sexe féminin

Qu'on ne lui soupçonnait guère
































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